Les premiers ministres de l'Écosse, du pays de Galles et d'Irlande du Nord ont signé lundi une déclaration commune demandant au gouvernement britannique d'engager des changements constitutionnels. Ils affirment que leur avenir se trouve dans l'Union européenne. Cette initiative, portée par des dirigeants favorables à l'indépendance ou à la réunification, relance le débat sur l'avenir du Royaume-Uni.
Pourquoi les trois nations dévolues exigent-elles des pouvoirs renforcés ?
Les dirigeants des trois nations dévolues ont choisi de coordonner leur action pour la première fois sous des gouvernements nationalistes ou favorables à la réunification. Ils réclament une augmentation des compétences transférées depuis Londres et la possibilité d'organiser des référendums sur leur avenir. La déclaration commune souligne que l'ère de Westminster touche à sa fin et que les décisions doivent désormais tenir compte des réalités des nations constitutives. Les trois leaders proviennent tous de partis qui soutiennent la sécession ou, pour l'Irlande du Nord, la réunification avec le reste de l'Irlande. Ils demandent des compétences renforcées constitutionnellement et un avenir au sein de l'Union européenne, dont la Grande-Bretagne s'est retirée après le référendum de 2016.
Le premier ministre écossais John Swinney et la première ministre d'Irlande du Nord Michelle O'Neill ont explicitement demandé la tenue de référendums sur l'indépendance et la réunification. Le premier ministre gallois Rhun ap Iorwerth n'a pas fixé de calendrier pour un vote similaire au pays de Galles. Ces demandes interviennent dans un contexte de tensions persistantes sur la répartition des pouvoirs depuis la mise en place de la dévolution à la fin des années 1990. La dévolution, instaurée par des lois à la fin des années 1990, a accordé à chaque nation sauf l'Angleterre un certain niveau d'autonomie via leurs propres parlements, mais le gouvernement central à Londres a conservé le contrôle sur les questions nationales et anglaises.
Quel rôle joue le Brexit dans l'évolution des positions indépendantistes ?
La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2016 a modifié les équilibres politiques dans les trois nations. En Écosse, le soutien à l'indépendance a progressé après le Brexit selon l'analyse de Nicola McEwen, directrice du Centre de politique publique de l'université de Glasgow. Les nationalistes estiment que les électeurs écossais seraient aujourd'hui plus enclins à voter pour la séparation qu'en 2014, année du référendum où 55 % des voix s'étaient prononcées contre l'indépendance. Le premier ministre John Swinney, chef du Parti national écossais, estime que les électeurs voteraient désormais en faveur de l'indépendance, à condition que le gouvernement britannique autorise un référendum.
Le premier ministre Andy Burnham a indiqué au Parlement la semaine dernière qu'un nouveau référendum écossais pourrait être autorisé en cas de « consensus clair ». Il a ensuite adressé une lettre à John Swinney précisant que cette option restait « hors de question ». Cette position reflète la volonté du gouvernement central de maintenir l'unité tout en évitant d'ouvrir un nouveau cycle de négociations constitutionnelles. Le porte-parole de Burnham, Tom Wells, a minimisé la menace en rappelant que le premier ministre croit fermement à l'union et préfère se concentrer sur la baisse du coût de la vie plutôt que sur les débats constitutionnels.
Comment la situation en Irlande du Nord diffère-t-elle des autres nations ?
L'accord du Vendredi saint de 1998 prévoit la possibilité d'un référendum sur la réunification si les sondages montrent qu'une majorité est susceptible de l'approuver. Le gouvernement britannique estime que ce seuil n'est pas atteint. L'Irlande devrait également organiser un vote pour valider tout changement de statut. Michelle O'Neill, issue du Sinn Féin, a signé la déclaration en tant que première ministre, ce qui a provoqué des critiques de la part de la vice-première ministre unioniste Emma Little-Pengelly du DUP. O'Neill a répondu qu'elle exerçait ses fonctions pour l'ensemble de l'Irlande du Nord et que les changements en cours étaient historiques. Cette tension illustre les divisions persistantes au sein de l'exécutif nord-irlandais, où O'Neill participe à un gouvernement de coalition avec le DUP.
Quelle est la portée réelle de l'accord signé par les trois dirigeants ?
La déclaration commune a une valeur symbolique mais aucune force juridique contraignante. Nicola McEwen a souligné que la menace pesant sur l'unité du Royaume-Uni n'était pas plus forte qu'avant la réunion. Les trois dirigeants ont agi en qualité politique et non institutionnelle, ce qui limite la portée officielle du texte. Le premier ministre gallois Rhun ap Iorwerth, le premier ministre écossais John Swinney et la première ministre d'Irlande du Nord Michelle O'Neill ont signé sous leur identité politique, notamment parce qu'O'Neill partage le pouvoir avec le DUP.
Le porte-parole du premier ministre, Tom Wells, a minimisé l'initiative en rappelant que Burnham croit fermement à l'union et préfère se concentrer sur la baisse du coût de la vie. Burnham a mis l'accent sur la dévolution au sein des régions anglaises, héritage de son mandat de maire du Grand Manchester, plutôt que sur les demandes des nations celtiques. La Grande-Bretagne est selon lui « dans la meilleure position quand les gens s'unissent autour de valeurs communes et de la résolution de problèmes, plutôt que de se diviser ».
Quelles conséquences peut avoir cette coordination sur la politique britannique ?
La coopération régulière entre les trois gouvernements pourrait accroître leur influence collective auprès du gouvernement central. McEwen estime que cette alliance permettrait d'exercer une pression plus forte sur Londres sans nécessairement conduire à des sécessions immédiates. La question centrale reste celle du consentement : si le Royaume-Uni repose sur un consentement mutuel, que se passe-t-il lorsque ce consentement semble s'éroder ? Le débat sur la dévolution et les futures consultations populaires reste donc inscrit à l'agenda politique. Toute future majorité gouvernementale devra décider si elle ouvre ou non une discussion formelle sur la répartition des pouvoirs et le droit des nations à décider de leur avenir.
FAQ : questions fréquentes sur la dévolution et l'unité du Royaume-Uni
Les trois dirigeants ont-ils le pouvoir de déclencher des référendums ?
Non. Seule la Chambre des communes peut autoriser un référendum légalement contraignant sur l'indépendance ou la réunification. Les gouvernements dévolus peuvent organiser des consultations consultatives, mais leur résultat n'aurait pas de valeur juridique.
Le pays de Galles a-t-il demandé un référendum sur l'indépendance ?
Le premier ministre gallois Rhun ap Iorwerth n'a fixé aucun calendrier pour un tel vote. Il se concentre pour l'instant sur l'obtention de compétences supplémentaires sans préciser de date pour une consultation populaire.
Quelle a été l'issue du référendum écossais de 2014 ?
55 % des électeurs ont voté contre l'indépendance et 45 % en faveur. Le soutien à l'indépendance a ensuite progressé après le Brexit selon plusieurs enquêtes d'opinion.
L'accord du Vendredi saint autorise-t-il un référendum sur la réunification ?
Oui, mais seulement si des sondages montrent qu'une majorité est susceptible d'approuver le changement. Le gouvernement britannique estime que ce seuil n'est pas atteint actuellement.
La déclaration commune a-t-elle une valeur juridique ?
Non. Elle constitue un engagement politique symbolique entre les trois gouvernements dévolus, sans force contraignante à l'égard du gouvernement central.
