Cet article détaille les faits établis par les historiens et les pressions actuelles sur le roi Charles
Comment la monarchie britannique a-t-elle financé et organisé la traite négrière ?
De la reine Élisabeth Ire dans les années 1560 jusqu’au roi George IV, les monarques britanniques ont soutenu financièrement et politiquement les sociétés de traite. Selon le registre des marchands d’esclaves britanniques, des milliers d’investisseurs incluaient des rois et des reines. La Royal African Company, fondée en 1672 par Charles II, a déporté plus d’Africains que toute autre organisation individuelle de l’histoire de la traite. Les réunions se tenaient dans les appartements privés de Jacques II au palais de Whitehall. Jacques II est décrit par l’historien William Pettigrew comme le plus important marchand d’esclaves anglais du XVIIe siècle. La reine Anne a obtenu l’asiento en 1713, accordant à la Grande-Bretagne le monopole de la livraison de 4 800 esclaves par an aux colonies espagnoles d’Amérique. La South Sea Company, dans laquelle Anne détenait près d’un quart des droits de profits, a reçu ce contrat et l’a confié à la Royal African Company pour son exécution. Les successeurs George I et George II ont également investi personnellement dans la South Sea Company. La Company of Royal Adventurers, prédécesseur de la RAC, fut également créée par Charles II et soutenue par des courtisans, des politiciens et des financiers royalistes. Ces cercles royaux portaient des titres pompeux : Edward Proger, « serviteur de la chambre », et le comte de Falmouth, « serviteur du trône ». Le prince Rupert du Rhin, cousin de Jacques II, est décrit comme « le visionnaire du commerce des esclaves pleinement développé et soutenu par l’État anglais ».
Pourquoi les esclaves étaient-ils marqués au fer avec une couronne ?
Le Dr Nicholas Radburn a retrouvé une lettre du conseil d’administration de la South Sea Company ordonnant de marquer les esclaves avec un fer chaud portant l’image d’une couronne. Cette marque était appliquée sur l’épaule gauche après avoir chauffé le fer jusqu’au rouge. Les administrateurs, issus de l’élite londonienne, ont ignoré les avertissements d’un médecin sur les risques pour la santé des captifs. Ils ont justifié la pratique comme le moyen le plus efficace de distinguer « nos Nègres » des autres. La lettre envoyée aux agents de Buenos Aires précisait que le fer devait être chauffé jusqu’au rouge et que le marquage se faisait sur l’épaule gauche. Un petit sceau en argent en forme de couronne accompagnait les instructions. Le conseil a rejeté l’avis du Dr Dover en affirmant que cette marque restait « le plus efficace… moyen de distinguer nos Nègres des autres ». Ces administrateurs, parmi lesquels des membres du Parlement et des directeurs de la Banque de l’Angleterre, ont ainsi ordonné une pratique dont ils connaissaient la violence. Radburn souligne que ces hommes de l’élite londonienne réfléchissaient dans une salle de réunion aux détails de la violence à infliger aux esclaves de l’autre côté de l’océan, et que cette lettre a conduit à ce que des personnes aient la peau cautérisée par ce fer.
Quelles sociétés royales ont dirigé le commerce des esclaves ?
La Company of Royal Adventurers et la Royal African Company ont été créées par les frères Charles II et Jacques II. Leurs réunions se tenaient dans les appartements privés de Jacques au palais de Whitehall. Jacques II est décrit par l’historien William Pettigrew comme le plus important marchand d’esclaves anglais du XVIIe siècle. La reine Anne a obtenu l’asiento en 1713, accordant à la Grande-Bretagne le monopole de la livraison de 4 800 esclaves par an aux colonies espagnoles d’Amérique. La South Sea Company a ensuite repris ce contrat. La RAC marquait également les captifs avec les initiales « DY » pour Duke of York et « RACE » pour Royal African Company of England, y compris sur les enfants dès l’âge de trois ans dans certains comptoirs comme Sherbro. La reine Anne a annoncé triomphalement à la Chambre des lords : « J’ai insisté et obtenu que nous soit accordé, pour une durée de 30 ans, l’asiento, c’est-à-dire le contrat pour la fourniture de Nègres aux Indes occidentales espagnoles ». La RAC et sa prédécesseur furent fondées par Charles II et soutenues par des courtisans royalistes.
Combien d’Africains ont été déportés par ces compagnies royales ?
La South Sea Company a transporté 43 220 Africains d’Afrique de l’Ouest et de Madagascar vers les Caraïbes et les colonies espagnoles entre 1714 et 1740. Elle a également déplacé plus de 50 000 esclaves à l’intérieur des Amériques. Près de 7 000 personnes sont mortes pendant les traversées sur les navires Crown, King William et William and Mary. Au total, la traite britannique a déporté plus de trois millions d’Africains pendant près de 250 ans. Les navires partaient de Londres et les survivants étaient souvent forcés de marcher des centaines de kilomètres jusqu’à la côte Pacifique d’Amérique du Sud. Les navires de la South Sea Company transportaient aussi des captifs vers Buenos Aires avant de les réexpédier par voie terrestre vers la côte pacifique.
Quelle est la position actuelle du roi Charles face à cette histoire ?
Le roi Charles a qualifié publiquement l’esclavage d’« abominable atrocité » et a évoqué « les aspects les plus douloureux de notre passé ». Un porte-parole a déclaré que le souverain était « reconnaissant » envers les chercheurs qui contribuent au débat. Aucune reconnaissance officielle ni excuses n’ont été présentées. Le roi reste constitutionnellement lié à la position du gouvernement britannique, qui refuse toute discussion sur les réparations. Une délégation jamaïcaine a récemment remis une pétition demandant au Conseil de la Couronne de statuer sur la légalité de la déportation et sur l’obligation de réparations. Les pressions s’intensifient avant la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth en novembre à Antigua-et-Barbuda. Le livre The Crown’s Silence de Brooke N. Newman apporte des preuves détaillées de l’implication des monarques depuis Élisabeth Ire jusqu’à George IV.
FAQ : Monarchie britannique et commerce des esclaves
La reine Élisabeth Ire a-t-elle soutenu la traite négrière ?
Oui. Elle a financé les premiers voyages de traite dès les années 1560.
Le marquage des esclaves avec la couronne était-il une pratique courante ?
La South Sea Company l’a imposée systématiquement au XVIIIe siècle, malgré les objections médicales.
Jacques II était-il personnellement impliqué ?
Il était gouverneur et actionnaire majeur de la Royal African Company, qui organisait la déportation d’Africains.
Combien de personnes sont mortes pendant les traversées de la South Sea Company ?
Près de 7 000 décès ont été enregistrés sur les navires de la compagnie entre 1714 et 1740.
Le roi Charles peut-il présenter des excuses officielles ?
Non, il est lié par la position constitutionnelle du gouvernement britannique qui refuse toute réparation.
