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« Beaucoup de paroles, peu d’actes » : les Européens veulent une Europe unie mais doutent de l’UE

« Beaucoup de paroles, peu d’actes » : les Européens veulent une Europe unie mais doutent de l’UE

Une étude du Conseil européen des relations étrangères révèle que 68 % des sondés associent l’Europe à un déclin, alors que 73 % restent attachés à un projet d’union politique. Le fossé entre aspiration et mise en œuvre alimente le pessimisme dans six pays.

Pourquoi les Européens expriment-ils une forte défiance envers l’Union européenne ?

Les résultats d’une enquête réalisée dans six pays montrent que la majorité des citoyens associent l’Europe à une perte de repères. Selon l’étude du Conseil européen des relations étrangères, 68 % des personnes interrogées évoquent une « détérioration générale » ou une « perte de normalité ». Ce sentiment domine face aux crises multiples : guerre en Ukraine pour 43 % des répondants, pressions économiques pour 33 % et besoin d’autonomie internationale pour 29 %. Parallèlement, 74 % estiment que l’Union européenne ne traite pas ces défis de manière efficace. Cette perception d’impuissance crée un écart entre le désir d’une Europe forte et la conviction que celle-ci peut effectivement agir. L’étude note aussi que 56 % des personnes interrogées considèrent que l’avenir du continent est « en danger ». Un répondant allemand souligne : « Je suis régulièrement soulagé de vivre en Europe. Ce n’est pas parfait et certaines choses vont dans la mauvaise direction, mais aucune région du monde n’est plus sûre, plus libre et plus démocratique. » Il ajoute pourtant que ni la crise climatique ni la montée des partis d’extrême droite ne sont traitées efficacement, car « les élections se concentrent trop sur l’ici et maintenant, et pas assez sur l’avenir ». Quand on lui demande s’il croit que l’Europe sera dans vingt ans « libre, démocratique, durable, moins endettée, politiquement plus à gauche et pacifique », il répond simplement « Non ». L’auteur de l’étude, Pawel Zerka, observe que le problème n’est pas que les gens aient cessé de vouloir une Europe plus forte, mais qu’ils ne croient plus que cela soit possible, créant un « vide d’imagination ». Les citoyens peuvent décrire le type d’Europe qu’ils souhaitent, mais peinent à imaginer un chemin crédible depuis la situation actuelle.

Comment se répartissent les attitudes des citoyens face au projet européen ?

L’étude classe les électeurs en quatre groupes distincts. Les « Positifs » représentent 19 % de l’échantillon et voient les crises actuelles comme une occasion de renforcer l’intégration. Les « Négatifs », qui forment le groupe le plus important avec 39 %, considèrent que les meilleures années de l’Europe sont derrière elle. En France, en Allemagne et en Italie, près de la moitié des citoyens et la quasi-totalité des électeurs des partis d’extrême droite comme l’AfD, le RN, le PVV et Reform UK appartiennent à cette catégorie, dont 83 % parlent de l’Europe en termes de perte et de déclin. Les « Déconnectés » (12 %) restent indifférents au processus d’intégration, tandis que les « Incertains » (31 %) partagent les valeurs européennes mais doutent de la capacité des institutions à décider et à protéger les citoyens. Ce dernier groupe constitue une cible stratégique pour les responsables politiques. Près d’un tiers des répondants dans tous les pays mentionnent « le retard de l’Europe » dans leurs réponses. Un jeune Polonais né dans les années 2000 résume ce sentiment en affirmant que « l’UE discute beaucoup mais ne fait rien ». La répartition met en lumière un clivage profond entre ceux qui croient encore au projet et ceux qui le voient comme irrémédiablement affaibli.

Quelles preuves les Européens attendent-ils concrètement de l’Union ?

Les entretiens qualitatifs montrent que les citoyens réclament des résultats tangibles plutôt que des déclarations. Un jeune Polonais né dans les années 2000 résume cette attente en affirmant que « l’UE discute beaucoup mais ne fait rien ». Près d’un tiers des répondants mentionnent la lenteur des décisions comme un frein majeur. Les concessions tarifaires récentes accordées aux États-Unis sont citées comme un symbole d’affaiblissement. Les participants souhaitent voir l’Union européenne démontrer sa capacité à garantir la sécurité énergétique, à renforcer la défense collective et à réduire le coût de la vie, plutôt que de multiplier les promesses. L’auteur de l’étude, Pawel Zerka, observe que le problème n’est pas que les gens aient cessé de vouloir une Europe plus forte, mais qu’ils ne croient plus que cela soit possible, créant un « vide d’imagination ». Les citoyens peuvent décrire le type d’Europe qu’ils souhaitent, mais peinent à imaginer un chemin crédible depuis la situation actuelle. Ces questions relèvent de la politique, non de la simple communication.

Quel rôle jouent les « Incertains » dans l’avenir de l’intégration européenne ?

Les analystes de l’ECFR soulignent que les « Incertains » conservent un attachement émotionnel au projet européen, contrairement aux eurosceptiques radicaux. Leur soutien dépendra de la démonstration que l’action collective peut résoudre des problèmes concrets. Sans résultats visibles, ce groupe pourrait basculer vers le pessimisme ou l’abstention. La chercheuse Pawel Zerka note que les dirigeants politiques ont tendance à s’adresser aux convaincus ou à céder aux opposants, alors que la marge de manœuvre se trouve précisément chez ceux qui hésitent encore. Les « Incertains » sont décrits comme le groupe où la foi dans l’avenir de l’Europe reste ouverte, à condition que des actions concrètes soient entreprises. Ils partagent les valeurs européennes mais doutent de l’efficacité institutionnelle ; leur soutien futur dépendra de résultats concrets en matière de sécurité et de prospérité.

Quelles recommandations l’étude formule-t-elle pour restaurer la crédibilité de l’UE ?

L’analyse préconise moins de grands discours et davantage de preuves de mise en œuvre. Les auteurs estiment que la présidente de la Commission européenne devrait privilégier des avancées concrètes dans les domaines de la sécurité, de la transition écologique et de la compétitivité plutôt que de nouvelles visions d’ensemble. Les données indiquent que 56 % des Européens considèrent l’avenir du continent comme menacé. Ce chiffre souligne l’urgence d’une communication axée sur les résultats plutôt que sur les intentions. Zerka appelle à « moins de promesses grandiloquentes et plus de preuves de chemin ». La semaine précédant le discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen, l’étude insiste sur la nécessité de démontrer que l’action collective peut résoudre des crises domestiques concrètes.

FAQ : crise de confiance Europe

Quelle est la part des Européens qui associent l’Europe à un déclin ?

68 % des personnes interrogées dans six pays utilisent des termes de détérioration ou de perte de normalité pour décrire la situation actuelle de l’Europe.

Les citoyens souhaitent-ils moins d’Europe ?

Non. 73 % des sondés expriment encore un attachement fort à un projet d’unité politique, de paix ou de prospérité ; seulement 13 % appellent à moins d’intégration.

Qui sont les « Incertains » et pourquoi comptent-ils ?

Ils représentent 31 % des répondants. Ils partagent les valeurs européennes mais doutent de l’efficacité institutionnelle ; leur soutien futur dépendra de résultats concrets.

Quelles sont les principales attentes envers l’UE ?

Les citoyens veulent des progrès tangibles en matière de sécurité énergétique, de défense, de transition climatique et de pouvoir d’achat, plutôt que de nouvelles déclarations.

Quel impact cette défiance peut-elle avoir sur les élections ?

Le groupe des « Négatifs » (39 %) et une partie des « Incertains » constituent un vivier potentiel pour les partis qui critiquent l’immobilisme européen.