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Société

La lecture recule tandis que l’oralité, portée par les réseaux sociaux, redevient le principal vecteur des idées politiques

La lecture recule tandis que l’oralité, portée par les réseaux sociaux, redevient le principal vecteur des idées politiques

Cette évolution rappelle les pratiques rhétoriques de l’Antiquité et soulève des questions sur la capacité des sociétés à maintenir une pensée complexe.

Pourquoi l’oralité gagne-t-elle du terrain face à l’écrit ?

Les plateformes numériques privilégient les formats courts et vocaux. Les vidéos et les podcasts occupent une part croissante du temps d’attention. Dans ce contexte, les messages simples et directs l’emportent sur les raisonnements longs et nuancés. Le journal The Economist a récemment analysé cette évolution comme un retour vers une culture antérieure à l’imprimerie, où la transmission des idées reposait essentiellement sur la voix. Les parents peinent à convaincre leurs enfants de lire un livre et les professeurs constatent que les étudiants n’achèvent pas leurs listes de lecture. Une fois libérés de l’école, beaucoup cessent complètement de lire et se contentent de la défilement des vidéos sur leur téléphone.

Les données de plusieurs enquêtes internationales montrent que le temps consacré à la lecture de textes longs diminue régulièrement chez les jeunes adultes. Parallèlement, la consommation de contenu audio et vidéo augmente. Cette substitution modifie la manière dont les arguments politiques sont construits et reçus. Avant l’invention de l’imprimerie, les manuscrits étaient copiés à grand coût par des scribes et lus par une petite élite. Ceux qui voulaient partager des nouvelles ou des idées devaient le faire oralement.

Comment Charlie Kirk a-t-il incarné ce nouveau style oratoire ?

Charlie Kirk, activiste conservateur américain assassiné il y a environ un an, utilisait des formules brèves et percutantes lors de ses interventions publiques. Ses échanges sur les campus reposaient sur des répliques immédiates plutôt que sur des développements argumentés. Cette méthode produisait un fort impact émotionnel sur le public présent, même si les mêmes phrases paraissaient moins convaincantes à la lecture. Il avait déclaré à une étudiante défendant le droit à l’avortement : « Assume la responsabilité de tes orgasmes et cesse d’exterminer des gens plus petits que toi ! ». Devant une foule enthousiaste, cette réplique fonctionnait comme un coup de knock-out, alors qu’elle aurait semblé peu convaincante sur le papier.

Le cas de Kirk illustre une tendance plus large : l’efficacité d’une communication orale qui s’appuie sur l’instant et la réaction du public. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène en diffusant ces moments isolés à grande échelle. Les États-Unis possèdent une longue tradition de ce type de rhéteur, des pasteurs flamboyants et télévangélistes aux influenceurs politiques et coachs de vie personnelle.

En quoi Donald Trump illustre-t-il la même dynamique ?

Donald Trump privilégie les affirmations répétées et les surnoms destinés à marquer les esprits. Ses discours contiennent peu de raisonnements linéaires et beaucoup de formules mémorisables. Cette approche rappelle les procédés mnémotechniques utilisés dans les épopées orales anciennes, comme les épithètes homériques (« Héra aux yeux de bœuf », « Aphrodite aux belles fesses »). Il déclare par exemple : « Nous avons accompli plus que tout autre gouvernement dans l’histoire de notre pays… Aucun autre pays n’a jamais approché cela… Rien de semblable n’a jamais existé dans notre pays ». Il attribue aussi des surnoms à ses adversaires : « la corrompue Hillary » ou « le Joe endormi ».

Le succès de cette méthode tient en partie à l’environnement médiatique actuel. Les messages courts circulent plus facilement que les analyses détaillées. La répétition compense l’absence de structure argumentative traditionnelle. Avant son élection de 2016, Trump a imaginé un mur physique pour limiter l’immigration et a ensuite entrepris sa construction partielle, montrant que le langage oral se traduit directement en politique.

Que dit James Marriott des « nouveaux âges sombres » ?

Le journaliste britannique James Marriott, dans son ouvrage The New Dark Ages, décrit les smartphones comme des « prédateurs de l’attention ». Il souligne que l’écrit a permis aux sociétés d’externaliser et d’affiner leur pensée. Selon lui, les processus cognitifs complexes, tels que la logique et la catégorisation abstraite, se développent particulièrement à travers la pratique de l’écriture. Le discours oral contemporain tend à adopter une structure circulaire : l’orateur revient sur ses points tout en les élaborant en temps réel. Cette forme convient à la mémorisation immédiate mais rend plus difficile l’examen critique approfondi.

À l’inverse, le discours oral contemporain tend à adopter une structure circulaire : l’orateur revient sur ses points tout en les élaborant en temps réel. Cette forme convient à la mémorisation immédiate mais rend plus difficile l’examen critique approfondi. Marriott, qui n’utilise pas de smartphone et écrit sur une machine à écrire électronique, lie explicitement ce retour à l’oralité à une régression des capacités de pensée complexe.

Quelles conséquences pour le débat public ?

Le recul de la lecture limite l’exposition à des idées qui nécessitent un développement écrit. Les foules peuvent être mobilisées par un discours oral puissant, tandis que les textes longs favorisent une réflexion plus personnelle. Cette distinction n’est pas nouvelle, mais elle prend une ampleur particulière dans un environnement où l’attention est fragmentée. Certains observateurs craignent que cette évolution facilite la propagation de contenus simplificateurs ou polémiques. D’autres rappellent que les époques précédentes n’étaient pas exemptes de manipulations médiatiques. Le débat porte donc sur l’équilibre entre les différents modes de communication plutôt que sur un retour à un âge d’or imaginaire.

Les vidéos en colère sur les réseaux sociaux peuvent déclencher des « chasses aux sorcières » en ligne, de la même manière que les textes imprimés au XVe siècle ont pu alimenter de véritables persécutions. Les publications sur Twitter ont souvent attisé les conflits plutôt que favorisé un dialogue approfondi. Comme l’a dit Charlie Kirk lui-même : « Quand les gens cessent de parler, les choses deviennent très mauvaises ». La question est de savoir combien elles empireront quand les gens cesseront de lire.

FAQ : ère du rhéteur et déclin de la lecture

La lecture est-elle réellement en baisse ?

Plusieurs enquêtes montrent une diminution du temps consacré aux textes longs, notamment chez les jeunes adultes, tandis que la consommation de vidéos et de podcasts augmente.

Charlie Kirk était-il représentatif d’une tendance plus large ?

Oui. Sa capacité à produire des répliques courtes et percutantes devant un public correspond à une forme de communication orale qui gagne en influence sur les réseaux sociaux.

Donald Trump utilise-t-il des techniques anciennes ?

Ses discours reposent sur la répétition et les formules mémorisables, procédés comparables à ceux des traditions orales antiques, même s’ils s’inscrivent dans un contexte politique contemporain.

James Marriott affirme-t-il un retour au Moyen Âge ?

Il décrit une régression dans la capacité à maintenir une pensée complexe, liée à l’usage intensif des smartphones et à la diminution de la lecture.

Le débat public souffre-t-il de cette évolution ?

Les messages oraux courts circulent rapidement mais limitent la nuance. Les textes longs permettent une argumentation plus structurée, mais exigent plus de temps et d’attention de la part du public.