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Histoire

Restitution des trésors grecs : l'enjeu des biens de 1917

Restitution des trésors grecs : l'enjeu des biens de 1917

Entre diplomatie complexe et blessures historiques profondes, la restitution de certains objets sacrés par la Bulgarie à la Grèce relance aujourd'hui le débat crucial sur le rapatriement intégral des biens spoliés en 1917. Ce processus délicat met en lumière les tensions persistantes entre les nations balkaniques concernant le patrimoine religieux. Alors que certains manuscrits commencent à revenir, la question de la totalité des collections volées demeure au cœur des revendications culturelles et politiques de la Grèce. Les experts soulignent que ces reliques constituent un pilier essentiel de l'identité nationale grecque.

Pourquoi le pillage des monastères de Macédoine a-t-il marqué l'histoire ?

Le pillage systématique des monastères de Macédoine par les forces d'occupation bulgares en 1917 constitue une perte inestimable pour le patrimoine byzantin. Lors de l'invasion de la région au printemps 1917, des groupes armés ont ciblé des sites religieux majeurs, utilisant la violence pour s'emparer de trésors ecclésiastiques qui constituaient le cœur de la vie spirituelle et culturelle de la région.

Le 27 mars 1917, jour de la Grande Semaine de Pâques, le monastère de l'Eikosiphoinissa (Panagia Eikosiphoinissa) a subi une attaque d'une brutalité extrême. Un groupe mené par le combattant Panitsa a envahi le site, frappant sans relâche les moines et assassinant l'abbé Makarios. Cette incursion n'était pas un simple acte de guerre, mais une opération délibérée de spoliation visant à extraire la richesse culturelle et spirituelle de la région.

Selon les recherches historiques, ce raid a entraîné la perte de près de 1 000 objets précieux. Le catalogue des pertes inclut des Évangiles, des objets liturgiques en or et en argent, des icônes de l'époque paléologue, des vases liturgiques en or et en argent, des amphores dorées, ainsi que des meubles liturgiques en bois sculpté. S'y ajoutent des manuscrits byzantins inestimables et des impressions anciennes issues de la bibliothèque du monastère. Au total, les études indiquent que 420 manuscrits et 490 objets sacrés sont tombés entre les mains des forces bulgares, effaçant une partie de l'histoire de la Macédoine byzantine. Il est à noter que le monastère de l'Eikosiphoinissa possède une histoire de 1 500 ans, mentionnée dès l'an 480.

Comment les manuscrits disparus ont-ils été localisés ?

La localisation des manuscrits grecs disparus a été rendue possible grâce aux travaux de recherche approfondis du professeur Vassilis Katsaros, éminent spécialiste de la philologie hellénique médiévale (byzantine) de l'Université Aristote de Thessalonique.

À partir du milieu des années 1980, le professeur Katsaros a entrepris une enquête minutieuse pour reconstituer ce qu'il appelle un « mosaïque éparpillée ». Son travail ne consistait pas seulement à lister des objets volés, mais à tenter de comprendre le parcours de chaque pièce : quels manuscrits appartenaient précisément aux monastères de Timiou Prodromou à Serres et de Panagia Acheiroiitou au mont Pangaeon, comment ils ont été transportés, où ils ont fini par atterrir et comment identifier leur identité réelle aujourd'hui.

Cette quête scientifique a pris une dimension concrète à la fin des années 1980, lorsque des manuscrits grecs ont été identifiés au Centre d'études slavo-byzantines « Ivan Dujcev » de l'Université de Sofia. Lors de sa première visite au centre en juin 1988, Katsaros a pu reconnaître sept manuscrits grecs provenant directement du monastère de l'Eikosiphoinissa, marquant le début d'une recherche qui allait durer des années.

L'implication de Vladimir Sis dans le transfert des biens

Un tournant décisif dans cette enquête a été la découverte d'un catalogue descriptif de manuscrits grecs, rédigé par un certain Vladimir Sis. L'importance de ce nom est capitale : Sis n'était pas un simple catalogage, mais l'homme qui avait conçu, organisé et exécuté l'opération de transfert des manuscrits grecs vers la Bulgarie.

Les recherches ont révélé que Vladimir Sis était un journaliste tchèque arrivé en Macédoine en tant que correspondant de guerre pour l'Académie des sciences de Sofia. Il est désormais considéré comme une personnalité controversée pour l'histoire de cette époque. Sous sa coordination, les pillages se sont étendus à d'autres sites religieux, notamment le monastère de Timiou Prodromou dans les montagnes de Serres, la Panagia Archangeliotissa, la Panagia Kalamous à Xanthi et la Panagia Kornophlias en Évros.

Les biens ainsi spoliés ont suivi deux chemins distincts : les objets sacrés ont été remis au Musée historique national à Sofia, tandis que les manuscrits ont été envoyés pour étude à l'Académie des sciences de Bulgarie, au sein du Centre slavo-byzantin Ivan Dujcev. L'œuvre de Sis a ainsi transformé des trésors vivants en objets de collection académique, loin de leur contexte d'origine.

Quel est l'impact de l'accord récent entre la Grèce et la Bulgarie ?

L'accord signé entre les ministres de la Culture, Lina Mendonh et Evtim Milosev, a été qualifié d'« historique » par les deux parties. Il représente une avancée diplomatique majeure dans la gestion des contentieux culturels entre la Grèce et la Bulgarie.

Dans le cadre de ce protocole d'entente, la Bulgarie a restitué à la Grèce 48 objets provenant des monastères de l'Eikosiphoinissa, de Timiou Prodromou et de la métropole de Serres et Nigrita. En contrepartie, la Grèce a remis des restes humains identifiés comme appartenant à l'empereur Samuel de Bulgarie (997-1014), lesquels avaient été découverts en 1965 dans la basilique de Saint Achilleus par le professeur d'architecture Nikola Moutsopoulos.

Bien que cet échange soit une étape symbolique, il reste au cœur de discussions de haut niveau. Les deux nations ont convenu de poursuivre les négociations pour identifier et intégrer dans des accords ultérieurs d'autres objets d'intérêt mutuel, les manuscrits et les codes anciens étant au centre de ces discussions futures.

Quelles sont les critiques concernant la restitution partielle ?

Malgré le succès diplomatique apparent, l'accord suscite de vives réactions au sein de l'Église et de la communauté scientifique grecque, qui dénoncent une restitution largement insuffisante.

Le métropolite de Drama, Dorotheos, dont dépend le monastère de l'Eikosiphoinissa, a exprimé ses doutes dans une lettre adressée à la ministre de la Culture. Il rappelle que les estimations indiquent que des centaines de biens ont été emportés, dont 430 manuscrits pour le seul monastère de l'Eikosiphoinissa. Le métropolite s'inquiète de la « réticence de l'autre partie » et de son « indifférence » historique quant à la restitution complète, craignant que cette première phase de 48 objets ne soit qu'une étape isolée sans réelle volonté de retour intégral.

De son côté, le métropolite de Serres et Nigrita, Théologos, a salué l'accord tout en affirmant que « le combat continue » pour le retour de la totalité des biens volés à l'Église locale. Les historiens sont tout aussi catégoriques : ils soutiennent que ces objets ne doivent pas faire l'objet d'un échange, mais d'un rapatriement. Selon eux, ces trésors sont des « prises de guerre » résultant d'une tentative de falsification de l'histoire, et doivent donc être restitués dans leur intégralité pour corriger cette spoliation.

FAQ: Restitution des biens culturels grecs

Combien d'objets ont été restitués lors de l'accord récent ?

La Bulgarie a restitué 48 objets précieux appartenant aux monastères de l'Eikosiphoinissa, de Timiou Prodromou et à la métropole de Serres et Nigrita. Cet accord est considéré comme une première phase d'un processus de restitution plus large.

Quelle est la différence entre les objets et les manuscrits ?

Les objets incluent des éléments liturgiques matériels comme des icônes, des vases en or ou en argent, des amphores et des meubles en bois sculpté. Les manuscrits sont des documents écrits anciens, tels que des codes byzantins et des impressions anciennes, qui constituent la mémoire intellectuelle des monastères.

Qui était responsable du transfert des trésors vers la Bulgarie ?

Vladimir Sis, un journaliste tchèque agissant comme correspondant de guerre pour l'Académie des sciences de Sofia, est identifié comme l'organisateur de l'opération de transfert des biens et des manuscrits vers la Bulgarie.

Pourquoi l'accord est-il controversé ?

L'accord est controversé car il repose sur un échange entre des biens culturels et des restes humains (ceux de l'empereur Samuel). De plus, les autorités religieuses estiment que le nombre d'objets rendus est dérisoire face aux centaines de manuscrits et d'objets volés.

Quels monastères ont été les plus touchés par les pillages ?

Le monastère de l'Eikosiphoinissa a été l'une des cibles principales, mais d'autres sites comme le monastère de Timiou Prodromou, ainsi que des monastères à Xanthi, Évros et dans la région de Serres, ont également été victimes de ces spoliations.

Key takeaways

Conclusion

La restitution des biens culturels grecs, bien qu'amorcée par cet accord avec la Bulgarie, demeure un processus inachevé et sensible. Si le retour de 48 objets constitue un geste diplomatique notable, il ne comble pas le vide laissé par la disparition de centaines de manuscrits et d'objets liturgiques uniques. La tension entre la nécessité de la coopération internationale et l'exigence de justice historique pour le patrimoine national reste vive. L'enjeu dépasse la simple possession matérielle : il s'agit de restaurer l'intégrité d'une mémoire culturelle qui a été fragmentée par les conflits du siècle dernier.