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Société

Pervolarides Thessalonique : lutter contre le gaspillage

Pervolarides Thessalonique : lutter contre le gaspillage

À Thessalonique, l'équipe des « Pervolarides » mène un combat essentiel contre la précarité. En récupérant quotidiennement des produits alimentaires qui étaient destinés aux poubelles, cette organisation transforme le gaspillage en un véritable levier de solidarité sociale. Ce projet ne se limite pas à la simple redistribution de nourriture. Il s'agit d'un cycle complet qui inclut la transformation des invendus et une mission d'éducation auprès des citoyens locaux. Grâce à cette initiative, les produits sauvés deviennent une ressource précieuse pour soutenir les populations les plus fragiles de la ville.

Comment fonctionne le processus de récupération alimentaire ?

Le processus repose sur la collecte systématique de produits alimentaires dont l'apparence ou la maturité ne permet plus la vente commerciale, bien qu'ils soient parfaitement consommables. Les volontaires interviennent auprès des vendeurs des marchés locaux, des producteurs et de certains supermarchés pour récupérer ce qui est appelé la « récupération ».

Les produits collectés incluent une grande variété de denrées : courgettes, tomates, poivrons, brocolis, nectarines, raisins, ainsi que des herbes aromatiques comme le persil ou l'aneth. Un aspect crucial de cette mission est la lutte contre la « dictature de l'image » qui pousse les consommateurs à rejeter des fruits et légumes présentant des imperfections esthétiques, comme des concombres de forme irrégulière. Comme l'explique Michalis Louizos, cuisinier et technologue alimentaire au sein de l'équipe, ces produits sont souvent d'excellente qualité mais ne peuvent être vendus car ils ne correspondent pas aux standards visuels du marché.

Outre les produits frais, l'organisation récupère également du pain de la veille auprès de boulangeries locales. Cette approche permet de s'assurer qu'aucune portion de nourriture ne soit perdue inutilement. Une fois collectés, ces produits suivent deux voies : la transformation immédiate en conserves, sauces ou confitures, ou leur utilisation directe pour la préparation de repas chauds.

La diversité des produits sauvés

La collecte ne se limite pas aux légumes de base. Selon Michalis Louizos, les arrivages sont variés et dépendent des saisons. Pour illustrer la richesse de ces récupérations, il cite des exemples concrets : trois tas de courgettes, trois grappes de tomates, une grappe de blettes de qualité exceptionnelle, des poivrons, des brocolis, des aubergines, des nectarines, des vanilles, des raisins, ainsi que des herbes aromatiques comme le persil, l'aneth et la moutarde.

Chaque jour, la nature de la « récolte » change. Par exemple, des tomates très mûres sont récupérées pour être transformées en sauce, tandis que d'autres produits sont utilisés pour des plats cuisinés comme le riz aux poissons ou aux légumes. Cette gestion intelligente des stocks permet de maximiser la valeur nutritionnelle de chaque kilo récupéré. L'organisation parvient ainsi à transformer des produits qui auraient fini dans les décharges en repas structurés et nutritifs.

Quel est l'impact social de ces actions de solidarité ?

L'impact social se manifeste par une distribution ciblée et régulière de nourriture à deux populations distinctes : les familles en difficulté et les personnes sans abri. L'organisation structure ses interventions de manière hebdomadaire pour garantir une continuité dans l'aide alimentaire.

Chaque lundi, les volontaires livrent des repas préparés, accompagnés parfois de produits frais, à des familles incapables de cuisiner elles-mêmes. Cette incapacité peut être due à des problèmes psychologiques ou à un manque d'infrastructures de base, telles que l'accès à l'électricité, à l'eau courante ou à une cuisine fonctionnelle. Les bénévoles utilisent leurs propres véhicules, comme des voitures ou des motos, pour assurer ces livraisons à domicile. Pour illustrer l'ampleur de cette tâche, M. Louizos mentionne que certains jours, le dernier volontaire part à 6h30 pour livrer des repas à six familles différentes.

Le jeudi est consacré aux personnes vivant dans une situation d'itinérance. Cela inclut les individus dormant sur des bancs publics, dans des voitures, ou hébergés temporairement dans des structures d'accueil, chez des parents ou des amis. Au-delà de l'aide matérielle, ces actions créent un lien social fort : les vendeurs du marché et les bénéficiaires finissent par se connaître personnellement, s'appelant par leurs petits noms, brisant ainsi l'isolement social souvent lié à la précarité.

Comment l'organisation intègre-t-elle l'éducation et la formation ?

L'initiative dépasse la simple distribution de nourriture pour embrasser une dimension pédagogique et professionnelle. En collaborant avec des établissements scolaires, notamment des lycées techniques (EAPL) proposant des cursus en technologie alimentaire, les « Pervolarides » créent un cycle d'apprentissage pratique.

Les écoles reçoivent des produits récupérés pour servir de matériel pédagogique aux élèves. En retour, les produits fabriqués par les étudiants dans le cadre de leurs cours peuvent être intégrés au circuit de distribution. Cette synergie permet de sensibiliser la jeune génération aux enjeux du gaspillage tout en fournissant des ressources éducatives concrètes. C'est un échange où le savoir-faire technique rencontre le besoin social.

Par ailleurs, l'organisation propose des séminaires sur l'agriculture régénérative durable et la cuisine durable. Elle organise également des ateliers d'autonomisation pour les groupes sociaux vulnérables et des formations professionnelles afin de les aider à trouver un emploi. L'objectif est de fournir des compétences pratiques qui favorisent l'insertion professionnelle et la résilience face à l'insécurité alimentaire.

Un modèle de cycle complet

L'approche actuelle de l'organisation couvre l'intégralité du cycle de vie de la nourriture. Cela commence par la culture, se poursuit par la récupération et la transformation, et se termine par la gestion des déchets via le compostage. Cette vision holistique transforme un problème de gestion des déchets en une opportunité de développement communautaire.

L'organisation ne se contente pas de distribuer ; elle crée aussi des objets à partir de matériaux recyclés. En intégrant la culture, la récupération et le compostage, les « Pervolarides » assurent que rien ne se perd, transformant chaque ressource en une valeur ajoutée pour la communauté de l'avenue de l'embourgeoisement ou de la zone de Toumba.

Quelle est l'origine et le financement de ce projet ?

Le mouvement est né en 2012, dans le contexte de la crise économique en Grèce. À l'origine, il s'agissait d'un groupe de personnes sans emploi cherchant à subvenir à leurs besoins par la culture de terres agricoles subventionnées, notamment pour l'huile d'olive. Ce qui n'était qu'une stratégie de survie s'est transformé en une structure organisée de lutte contre le gaspillage.

Aujourd'hui, l'action est formalisée sous le nom de projet « Maîtriser la Table » (Mazi sto Trapezi), réalisé dans le cadre du programme PLATO. Ce programme bénéficie d'un soutien financier multilatéral essentiel à son maintien. Il est cofinancé par l'Union européenne via le programme Citizens, Equality, Rights and Values (CERV), ainsi que par la Fondation Bodossaki et le Centre de soutien aux ONG. Grâce à ces fonds, l'organisation a pu passer de simples oléiculteurs à un acteur majeur de la sécurité alimentaire à Thessalonique, ayant récupéré environ 6 tonnes de fruits et légumes l'année dernière.

Key takeaways

FAQ: Récupération alimentaire et solidarité

Comment les aliments sont-ils sélectionnés pour la récupération ?

Les aliments sont choisis lorsqu'ils sont encore parfaitement sains et nutritifs, mais qu'ils ne répondent plus aux critères de vente commerciale. Cela inclut des produits trop mûrs, des formes irrégulières ou des produits de la veille, afin d'éviter tout gaspillage inutile de ressources comestibles.

Qui sont les principaux bénéficiaires de cette aide ?

Les bénéficiaires se divisent en deux groupes : les familles en situation de précarité qui n'ont pas accès aux moyens de cuisson (eau, électricité, cuisine) et les personnes sans abri vivant dans la rue, dans des voitures ou dans des structures d'accueil à Thessalonique.

Le projet propose-t-il des formations professionnelles ?

Oui, l'organisation propose des ateliers d'autonomisation et des séminaires sur l'agriculture régénérative et la cuisine durable. L'objectif est de fournir des compétences pratiques aux groupes sociaux vulnérables pour faciliter leur retour vers l'emploi et leur autonomie alimentaire.

Quel est le rôle des écoles dans ce dispositif ?

Les écoles techniques collaborent avec le projet en utilisant les produits récupérés pour les cours de technologie alimentaire. Les élèves apprennent ainsi la gestion des ressources tout en contribuant potentiellement à la production de nourriture pour la communauté.

D'où provient le financement de ces actions ?

Le projet est cofinancé par l'Union européenne à travers le programme Citizens, Equality, Rights and Values (CERV), avec le soutien de la Fondation Bodossaki et du Centre de soutien aux ONG.

Conclusion

L'action des « Pervolarides » à Thessalonique démontre qu'une gestion circulaire des ressources alimentaires peut répondre simultanément à deux défis majeurs : le gaspillage massif de nourriture et la précarité sociale croissante. En transformant des produits délaissés par le marché en repas nutritifs et en formations professionnelles, cette organisation crée un modèle de résilience communautaire. Ce projet, soutenu par des institutions européennes, prouve que la solidarité locale, lorsqu'elle est structurée et éducative, peut transformer une crise économique en un levier de changement social durable et inclusif.