Actualités en Grèce : votre source complète. Politique, économie, société, culture, sport, science, art, santé, voyages et bien plus encore !
Société

La langue, un pont entre les générations : Réflexions de Stelios Ramfos sur l'éducation et l'idiome grec

La langue, un pont entre les générations : Réflexions de Stelios Ramfos sur l'éducation et l'idiome grec

Une Éducation en Crise : Le Diagnostic de Stelios Ramfos

Dans une interview marquante datant de 1983, l'éminent penseur grec Stelios Ramfos, dont le décès récent a été un rappel de son héritage intellectuel, avait formulé des critiques acerbes et des observations pénétrantes sur le système éducatif de son pays. Selon lui, l'école grecque s'était transformée en un « danger public », une affirmation audacieuse qu'il n'hésitait pas à défendre avec conviction. Il suggérait même, avec une pointe d'ironie amère, que la fermeture des écoles pourrait être une solution, à l'image de la fermeture des tribunaux sous Ioannis Kapodistrias, si la mentalité dominante ne permettait pas de remédier à une situation qu'il jugeait désastreuse.

Ramfos attribuait cette dégradation à une décadence progressive, transformant une éducation autrefois acceptable, voire de bonne qualité, en un système défaillant. Il percevait cette chute comme le symptôme d'une nation qui avait perdu le respect d'elle-même. Bien que la crise de l'éducation en tant que fonction sociale soit un phénomène partagé avec des nations économiquement avancées, dont la Grèce imitait aveuglément les modèles, Ramfos insistait sur le fait que la désintégration observée ces dernières années était spécifiquement l'œuvre des gouvernements successifs. Il pointait du doigt la réforme de 1976 sous Konstantinos Karamanlis et sa poursuite, avec des nuances, sous Andreas Papandreou, culminant avec la loi-cadre désastreuse sur les établissements d'enseignement supérieur.

La Préférence pour l'Effort Minime et la Politisation

Le philosophe déplorait que l'on ait érigé en principe éducatif suprême « l'effort minimal et la politologie ». Cette approche, selon lui, ne parvenait pas à former les caractères créatifs et nobles dont le pays avait besoin. Au lieu de cela, elle produisait en masse des individus fragmentés, nerveux, inadaptés et, en fin de compte, asociaux. Il s'interrogeait sur l'avenir d'une nation qui, au lieu d'activer ses forces spirituelles, les détruisait.

Pour Ramfos, le rôle fondamental de l'école est de prendre l'enfant du cercle familial restreint et de le préparer à entrer dans la société, où il pourra réaliser son meilleur potentiel. L'école doit socialiser l'âme de l'enfant, l'ouvrir aux autres, au-delà de son environnement immédiat et de lui-même. Cette transformation psychique ne s'opère pas en surchargeant l'élève de connaissances diverses, mais en lui insufflant, par la parole et par l'exemple, des idéaux de vie. L'idéal renforce la volonté, qui à son tour pousse l'adolescent à la créativité en stimulant son esprit.

La crise de l'éducation, observait-il, était mondiale, car elle avait abandonné l'âme de l'enfant au profit de son cerveau, pour répondre aux besoins de l'État, de l'industrie et des entreprises. En faisant du diplôme son objectif principal, on avait certes rempli le pays de diplômés, mais les esprits éclairés avaient disparu. La Grèce, en suivant l'Occident dans cette voie éducative, avait poussé les choses à l'extrême, atteignant la première un cul-de-sac complet. C'était inévitable, selon Ramfos. Si en Europe, l'école s'adressait à des enfants qui subordonnaient tout au devoir, qu'en serait-il lorsque cette méthode serait appliquée à un enfant qui n'obéissait qu'à l'émotion et au sentiment ?

Ainsi, la « démocratisation » internationale de l'éducation, qui visait à former un grand nombre de techniciens et d'employés, s'était transformée en Grèce en une démocratisation de l'adaptation au niveau du pire. L'enseignement obligatoire de neuf ans était devenu l'attribution obligatoire du diplôme de gymnase, et la participation à l'administration universitaire s'était muée en une terreur intellectuelle et politique brutale exercée par des étudiants prétendument démocrates.

Un Horizon Sombre, Sans Lumière de Salut ?

Face à ce tableau sombre, la question se posait de savoir si Ramfos entrevoyait une lueur d'espoir. Sa réponse était sans équivoque : la situation était irrémédiable. Non seulement parce que le gouvernement et l'opposition n'avaient pas conscience de la gravité du problème, mais surtout parce que les concessions faites à des fins purement électorales les empêchaient de faire marche arrière. Le coût politique primait sur le coût social, et la conquête du pouvoir passait avant l'intérêt commun, au nom duquel tous juraient et s'accusaient mutuellement. Quel sens y avait-il, demandait-il, à revendiquer les marbres d'Elgin alors que, dans le même temps, on détruisait l'éducation ?

Cependant, même dans ce pessimisme, Ramfos esquissait les bases d'une éventuelle reconstruction, si tant est qu'elle puisse prendre un jour. Une telle entreprise ne porterait ses fruits que si elle s'écartait des sentiers battus. Il soulignait la fonction éminemment éthique de l'éducation, insistant sur le fait que l'éducation n'existait pas pour l'État, mais que l'État existait pour l'éducation. L'idéal devait être de former un individu doté des vertus de la « race » (comprendre ici la culture et l'héritage grec) plutôt que de ses défauts, un individu qui, au lieu de rivaliser avec les autres, saurait se connaître et se dépasser constamment. L'égoïsme national, insondable, pourrait se transformer en une force créatrice morale, à condition de recourir à une « catharsis homéopathique des passions » plutôt qu'à des disciplines logiques. Ainsi, au lieu de transmettre des connaissances mortes et de produire des machines intellectuelles, l'éducation devrait forger des Ulysse, capables de lutter contre les éléments hostiles de l'histoire tout en restant inébranlables dans leurs idées et leurs croyances.

La Langue Grecque : Un Voyage Ininterrompu à travers les Âges

Abordant ensuite la question de la langue, Stelios Ramfos mettait en lumière la « rechute » du problème linguistique avec l'avènement du néo-démotisme idéologique et du système monotonique. Sept ans après l'établissement du démotique, la question linguistique présentait une « misérable rechute ». Au nom d'une culture « populaire » nébuleuse, ce n'était plus le katharévousa, mais le grec commun parlé qui était supplanté par un idiome artificiel glacé, une « salomonique » idéologique (au sens d'incohérences, de choses incompréhensibles pour la compréhension commune) imposée par le haut dans les médias, l'administration et l'éducation.

Il citait des exemples concrets de cette dégradation linguistique, tels que « πιθανά » (probablement) au lieu de « πιθανώς », « λίαν επιεικά » (très indulgent) au lieu de « λίαν επιεικώς », ou encore des erreurs grammaticales comme « καθηγητής πανεπιστήμιου » (professeur d'université) au lieu de « καθηγητής πανεπιστημίου ». Il relevait également des formes féminines jugées forcées et incorrectes comme « η ψυχολόγα » (la psychologue) ou « η ηθοποιίνα » (l'actrice). Cet idiome, né de la volonté de soumettre la parole et l'esprit à la « nécessité historique » du soi-disant « Changement », se caractérisait par une recherche fanatique de la monotonie, une annulation nivelante des nuances, la domination des noms abstraits et une conception instrumentale de la langue. Ses créateurs, selon Ramfos, ranimaient la division linguistique du passé et l'utilisaient comme prétexte historique pour masquer le caractère totalitaire du phénomène.

Briser le Mythe du Bilinguisme

Il ne suffisait donc pas, affirmait-il, de souligner la nature idéologique de cet idiome artificiel ; il fallait en outre dissoudre le mythe du bilinguisme, qui fomentait les fanatismes linguistiques. L'aventure linguistique grecque était le fruit de ce prétendu bilinguisme. Cependant, si en Europe il y avait eu un véritable bilinguisme, avec un latin mort dominant violemment pendant des siècles au détriment des idiomes romans vivants (italien, français, espagnol, etc.), en Grèce, la langue ancienne n'était pas morte. Au contraire, elle avait suivi les diverses péripéties nationales pour atteindre sa forme actuelle, tant écrite qu'orale. Il n'y avait donc jamais eu deux langues ; il y avait toujours eu deux, voire plusieurs, types d'une seule et même langue (les chœurs des tragédies n'étaient-ils pas une forme de « katharévousa » par rapport aux parties dialoguées ?), un phénomène sain, créé par la tension continue entre le parlé, qui anime l'écrit, et l'écrit, qui élève le parlé.

La vérité, selon Ramfos, est que le démotisme et le logiotatisme (forme savante) étaient les deux faces d'une même pièce. Produits d'importation, ces deux courants appartenaient désormais à l'histoire grecque, l'histoire d'un peuple malmené par la xénomanie (l'engouement excessif pour tout ce qui est étranger). Le logiotatisme représentait une expression néoclassique de l'humanisme européen, tandis que le démotisme était une expression historique et plus drastique, lui permettant de se présenter comme une méthode simplement différente, capable de réussir là où les savants avaient échoué, avec leur attachement à la forme de l'Ancien.

Cependant, l'idéal commun de ces deux tendances ne provenait pas de la vie nationale grecque. Le rythme de la civilisation grecque n'a jamais été l'individu isolé, mais celui qui s'accomplit dans le don à l'autre. Dans cette relation de don, le passé coexistait avec le présent et l'avenir, et la langue avançait en embrassant les morts et les vivants. Cette coexistence supratemporelle transformait la stricte tradition théologique en sentiment populaire et permettait à l'Orthodoxie de combiner fonctionnellement l'atticisme byzantin avec la langue commune des Évangiles, et plus tard de créer la magnifique langue des synaxaires, l'expression juteuse des prédicateurs, les textes d'un Nicodème l'Hagiorite, d'un Makriyannis ou d'un Papadiamantis. C'est elle qui imposa, au-delà du schisme stérile entre démotistes et logiotates, le discours commun actuel, sans les renier.