En Grèce, les veuves et les orphelins sont contraints de verser environ 220 millions d'euros par an à l'EOPYY pour couvrir des prestations liées aux défunts. Cette prélèvement systématique est aujourd'hui vivement dénoncé par les représentants des retraités, qui le qualifient d'« impôt de survie ». Cette situation financière particulièrement lourde pèse sur les foyers les plus vulnérables du pays, créant une tension sociale croissante autour de la gestion des fonds de santé publique et de la protection des familles endeuillées.
Comment fonctionne la cotisation EOPYY sur les pensions de réversion ?
La cotisation EOPYY est un prélèvement obligatoire de 6 % appliqué sur l'ensemble des prestations de retraite en Grèce, y compris celles versées au titre de la réversion. Ce mécanisme signifie que lorsqu'un conjoint décède, la pension de réversion versée au survivant est elle-même soumise à une retenue de 6 % pour couvrir les frais de santé, même si le défunt ne peut plus bénéficier de ces services. Selon les données de l'ENYPEKK, ce système crée une double charge pour les bénéficiaires, transformant une contribution de santé en un fardeau financier pour les familles endeuillées.
Pour un veuf ou une veuve, la pression fiscale se manifeste de deux manières distinctes et cumulatives :
- Une cotisation de 6 % est prélevée sur sa propre pension de vieillesse, qu'elle soit principale ou complémentaire.
- Une seconde cotisation de 6 % est appliquée sur la part de pension issue du conjoint décédé (pension de réversion), qu'elle soit également principale ou complémentaire.
Cette structure tarifaire s'applique de manière rigoureuse. Dans les cas de « syrroi sintaxon » (cumul de pensions), où un même individu est bénéficiaire de plusieurs droits, la cotisation de 6 % est appliquée sur chaque pension individuellement. Cette structure frappe également les orphelins qui perçoivent des pensions de survie jusqu'à l'âge de 18 ou 24 ans, selon les cas spécifiques. Le montant total versé par les veufs et les orphelins à l'EOPYY pour le compte des défunts s'élève à un chiffre colossal de 220 millions d'euros par an.
Quelle est l'évolution législative de cette taxe de 6 % ?
L'imposition actuelle ne résulte pas d'une mesure isolée, mais d'une succession de décisions législatives visant à stabiliser les finances publiques et le système de santé grec. Le cadre actuel a été consolidé par deux lois majeures qui ont transformé ce qui était initialement une contribution de santé en une forme de taxe permanente sur les revenus de retraite, touchant même les prestations issues de personnes déjà décédées.
Du mémorandum à la loi Vroutsi
L'origine de cette pression fiscale remonte à la loi Katroungalou (4387/2016), qui a institutionnalisé une disposition issue du troisième protocole de mémorandum (loi 4336/2015). Cette loi a marqué un tournant en augmentant la cotisation santé de 4 % à 6 % sur les pensions principales. Mais au-delà de cette hausse, elle a surtout introduit une nouvelle cotisation de 6 % sur toutes les pensions complémentaires et autres prestations de retraite.
Un aspect crucial et particulièrement critiqué de la loi Katroungalou est l'application systématique de la cotisation de 6 % pour chaque pension perçue par un même individu en cas de cumul de droits. Ce mécanisme permet de multiplier les prélèvements sur un même foyer. Par la suite, la loi Vroutsi (4670/2020) est venue légitimer et réétablir ce prélèvement de 6 % sur l'intégralité des pensions et des prestations de retraite, confirmant son caractère permanent, y compris pour les pensions de réversion et d'orphelinat.
L'ampleur du phénomène est illustrée par les chiffres macroéconomiques : sur la période 2016-2025, les pertes cumulées pour l'ensemble des retraités grecs dues à cette cotisation EOPYY sont estimées à plus de 25 milliards d'euros. Ce montant témoigne de l'impact massif de cette mesure sur le patrimoine social du pays.
Quel est l'impact réel sur le pouvoir d'achat des retraités ?
L'impact financier est particulièrement sévère pour les bénéficiaires des pensions les plus modestes, pour qui chaque euro compte. Les données officielles de l'année 2026 mettent en lumière la précarité de cette situation. En août 2026, le nombre de bénéficiaires de pensions de réversion principales s'élevait à 375 886 personnes. La pension moyenne brute pour ces bénéficiaires était de 776,65 euros, mais après la déduction systématique des cotisations de santé, le montant net qui arrive réellement dans la poche des survivants tombe à 733,81 euros.
Cette érosion du revenu est documentée par des chiffres qui montrent une progression constante de la charge supportée par les ménages les plus vulnérables. Selon les observations de l'ENYPEKK, les montants prélevés pour la cotisation EOPYY se répartissent comme suit :
| Période | Montant total prélevé (estimé) |
|---|---|
| Année 2025 | 321 975 227 € |
| Janvier - Août 2026 | 222 357 377 € |
Cette situation est dénoncée par les organisations de défense des retraités comme une véritable « captation de revenus ». Elle frappe de manière disproportionnée les retraités à faibles revenus, dont la pension de réversion constitue souvent la seule et unique ressource pour subvenir aux besoins essentiels comme l'alimentation ou le logement.
Pourquoi l'ENYPEKK demande-t-elle l'abolition de cette cotisation ?
L'ENYPEKK, représentant les intérêts des retraités, ne se contente pas de critiquer le montant ; elle qualifie ce régime de « abusif, illégal et injuste ». L'argument central de l'organisation est d'ordre moral et juridique : la retenue continue de s'appliquer sur des prestations issues de personnes décédées. En d'autres termes, l'État prélève une cotisation de santé sur l'argent de personnes qui ne peuvent plus utiliser le système de santé.
L'organisation souligne que ce mécanisme de transfert de revenus, qui déplace l'argent des retraités vers l'État, est sans précédent dans le monde moderne, particulièrement lorsqu'il cible les populations les plus fragiles. Pour les représentants des retraités, il est inacceptable que des veuves et des orphelins soient contraints de financer le système de santé par le biais de pensions qui sont, par définition, des aides à la survie suite à un décès.
Les revendications de l'ENYPEKK sont claires et se concentrent sur trois piliers :
- L'abolition immédiate : Supprimer sans délai la cotisation de 6 % sur les pensions de réversion et d'orphelinat.
- L'effet rétroactif : Exiger le remboursement des sommes prélevées indûment par le passé pour compenser le préjudice subi.
- La justice sociale : Mettre fin à cette taxation horizontale qui ne distingue pas la nature de la prestation et qui pénalise les plus précaires.
FAQ: Questions fréquentes sur la cotisation EOPYY
Qui doit payer la cotisation de 6 % en Grèce ?
Tous les bénéficiaires de pensions de retraite en Grèce, y compris les pensions principales, complémentaires et les prestations de réversion (veuves et orphelins), sont soumis à cette cotisation de 6 % destinée à l'EOPYY pour le financement de la santé.
Pourquoi les veufs paient-ils deux fois ?
Les veufs paient une première cotisation sur leur propre pension de vieillesse et une seconde cotisation de 6 % sur la pension de réversion versée suite au décès de leur conjoint, créant ainsi une charge fiscale doublée sur leurs revenus.
Quel est le montant total prélevé en 2025 ?
Selon les données de l'ENYPEKK, le montant total prélevé au titre de ces cotisations pour l'année 2025 s'est élevé à 321 975 227 euros.
Que demande l'ENYPEKK concernant ces prélèvements ?
L'ENYPEKK exige l'abolition immédiate et rétroactive de la cotisation de 6 % sur les pensions de réversion et d'orphelinat, dénonçant une mesure injuste qui pèse sur les populations les plus fragiles.
Quelle est la pension moyenne après cotisation en 2026 ?
En août 2026, pour une pension de réversion brute moyenne de 776,65 euros, le montant net perçu après les retenues pour la santé est de 733,81 euros.
Key takeaways
- La cotisation EOPYY de 6 % s'applique systématiquement aux pensions de réversion en Grèce.
- Les veufs et orphelins versent environ 220 millions d'euros par an à l'EOPYY.
- La loi Vroutsi de 2020 a pérennisé ce prélèvement sur toutes les prestations de retraite.
- L'ENYPEKK réclame l'abolition immédiate et rétroactive de cette taxe pour les bénéficiaires de réversion.
Conclusion
La problématique de la cotisation EOPYY met en lumière une tension croissante entre la nécessité de financer le système de santé grec et la protection du pouvoir d'achat des retraités. En imposant un prélèvement de 6 % sur des pensions de réversion, le système grec crée une charge fiscale singulière pour les veufs et les orphelins. Alors que les revendications de l'ENYPEKK pour une abolition rétroactive s'intensifient, la question de l'équité sociale face aux obligations budgétaires de l'État reste entière, particulièrement pour les ménages dont les revenus dépendent de prestations de survie.
