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Histoire

Gerda Taro sort de l’ombre de Robert Capa grâce au film présenté à Venise et aux travaux de Fernando Penco

Gerda Taro sort de l’ombre de Robert Capa grâce au film présenté à Venise et aux travaux de Fernando Penco

La biographie cinématographique présentée à Venise et les travaux de l’historien Fernando Penco réattribuent potentiellement la célèbre photo « Falling Soldier » à la photographe allemande.

Qui était Gerda Taro avant Robert Capa ?

Gerda Taro, née Gerta Pohorylle en 1910 à Stuttgart dans une famille juive de la classe moyenne, fuit le nazisme et rejoint Paris en 1934. Là, elle rencontre Endre Friedmann, réfugié hongrois de trois ans son cadet. Ensemble, ils inventent le pseudonyme Robert Capa, un nom américain supposé inspirer confiance aux rédactions et permettre des tarifs plus élevés. Taro conçoit le projet commercial ; Capa devient la marque commune sous laquelle paraissent leurs clichés dans Life et Picture Post entre 1936 et 1937. Tous deux proviennent de milieux juifs bourgeois et ont fui la montée du nazisme, elle depuis l’Allemagne, lui depuis la Hongrie. À Paris ils fréquentent Henri Cartier-Bresson, Ernest Hemingway, Martha Gellhorn et Willy Brandt, futur chancelier social-démocrate d’Allemagne de l’Ouest. Le pseudonyme « cápa », qui signifie aussi « requin » en hongrois, est imaginé par Taro pour donner l’image d’un correspondant de guerre américain expérimenté et mieux rémunéré. La réalisatrice Alina Marazzi souligne que Taro a rapidement ressenti le besoin de s’affirmer au-delà de ce personnage collectif. Les deux photographes partagent dès leur arrivée à Paris le même désir de couvrir les grands événements et de vivre de leur travail, ce qui les conduit à adopter une stratégie commune de signature.

La couverture de la guerre d’Espagne et l’influence soviétique

Durant l’été 1936, le couple rejoint le front républicain. Taro photographie les miliciennes au stand de tir, images marquées par l’esthétique de l’avant-garde soviétique. Une photo montre une femme à genou, pistolet en main, talons hauts et combinaison de travail. La réalisatrice italienne Alina Marazzi, qui signe le film « La Ragazza Con la Leica », souligne que Taro a saisi à la fois l’optimisme initial et les tragédies ultimes du conflit, y compris le sort des civils, des femmes et des enfants. Elle a été l’une des premières femmes à photographier directement depuis la ligne de front tout en documentant les conséquences du combat sur la population ordinaire. Ses clichés les plus connus datent des phases encore porteuses d’espoir comme des derniers moments tragiques de la guerre civile espagnole. Marazzi note que Taro a su capter l’évolution complète du conflit, des premiers espoirs aux désastres finaux. Ces images des miliciennes témoignent aussi d’une volonté de montrer les femmes en action, loin des rôles traditionnels assignés à l’époque.

Le film présenté à Venise relance le débat sur « Falling Soldier »

La projection à la Mostra de Venise coïncide avec les conclusions de Fernando Penco Valenzuela, historien et archiviste à Cordoue. Selon lui, la célèbre photo « Falling Soldier », publiée par Life en juillet 1937, a été réalisée avec l’appareil Reflex-Korelle 6×6 de Taro et non avec la Leica 35 mm de Friedmann. Une rétrospective Magnum à Madrid en 2025 avait déjà noté que certains tirages présentaient un format carré incompatible avec la Leica. La réalisatrice Marazzi intègre cette hypothèse dans le film et rappelle que Taro et Capa travaillaient souvent aux mêmes endroits, signant collectivement leurs images. Le film met en scène cette possible réattribution tout en montrant la tension croissante au sein du couple. Les recherches de Penco s’appuient sur l’analyse des négatifs conservés et sur les dimensions des tirages publiés, qui ne correspondent pas toutes au format 35 mm habituellement associé à Capa.

Preuves techniques et localisation

Penco situe la prise de vue au village d’Espejo, dans la sierra de Cerro Muriano, le 5 septembre 1936. Une image prise le même jour montre Taro portant la Reflex-Korelle achetée avec son premier salaire. Toutes les photographies carrées réalisées à Espejo sont attribuées à Taro, les rectangulaires à Friedmann. La photo du milicien étant carrée, Penco conclut : « Je n’ai aucun doute : c’est elle qui l’a prise. » L’analyse des négatifs et des tirages conservés confirme que les dimensions 6×6 correspondent exclusivement aux prises de vue de Taro ce jour-là. Ces éléments techniques renforcent l’hypothèse d’une contribution majeure de Taro à l’icône attribuée jusqu’ici à Capa. L’historien a comparé l’ensemble des clichés pris à Espejo et a constaté une correspondance parfaite entre le format carré et les appareils utilisés par Taro.

La photo était-elle mise en scène ?

Aucune bataille n’ayant eu lieu à cet endroit ce jour-là, Penco estime que la scène a été reconstituée. Marazzi confirme que le film intègre cette hypothèse. Le couple travaillait souvent aux mêmes endroits et signait collectivement, ce qui complique encore l’attribution définitive. Le fait qu’ils formaient un couple ajoute une difficulté supplémentaire pour distinguer les auteurs lorsque les images étaient remises sous le nom commun de Robert Capa. Le film explore cette zone grise sans trancher définitivement, laissant au spectateur le soin d’évaluer les preuves. Les doutes sur l’authenticité de la scène reposent sur l’absence de combats signalés dans la zone à la date indiquée.

Le besoin d’indépendance et la mort de Taro

À l’automne 1936, Taro décide de travailler seule. Elle retourne en Espagne pour le quotidien communiste français Ce Soir. Le 25 juillet 1937, près de Brunete, un char républicain en marche arrière la percute. Elle succombe à ses blessures à l’hôpital El Goloso d’El Escorial et repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le film montre ce moment où, après avoir créé le personnage de Capa, elle ressent le besoin de s’affirmer en son nom propre et de retourner seule sur le front espagnol malgré les dangers croissants. Marazzi insiste sur cette volonté d’indépendance qui la pousse à reprendre le risque après avoir compris que le monde ne voyait plus qu’elle à travers Capa. Cette décision marque un tournant décisif dans sa carrière, même si elle reste liée au pseudonyme collectif.

Conclusion

La redécouverte de Gerda Taro, à travers le film et les recherches de Fernando Penco, replace son apport au premier plan. Son travail de terrain, son regard sur les combattantes et les civils, ainsi que la possible réattribution de l’icône « Falling Soldier » soulignent qu’elle fut bien plus qu’une simple collaboratrice de Robert Capa.

FAQ : Gerda Taro et Robert Capa

Gerda Taro a-t-elle vraiment inventé le nom Robert Capa ?

Oui. C’est elle qui a conçu le pseudonyme commercial pour obtenir de meilleurs tarifs et un meilleur accueil dans les rédactions anglo-saxonnes.

Quelle caméra a-t-elle utilisée pour « Falling Soldier » ?

Selon Fernando Penco, la Reflex-Korelle 6×6 qu’elle portait le 5 septembre 1936 à Espejo. Les dimensions carrées du négatif correspondent à cet appareil.

La photo était-elle authentique ou mise en scène ?

Aucune combat n’ayant eu lieu ce jour-là à cet endroit, l’historien estime qu’elle a été reconstituée. Cette hypothèse est reprise dans le film de Marazzi.

Où et quand Taro est-elle morte ?

Elle a été mortellement blessée le 25 juillet 1937 près de Brunete et est décédée à l’hôpital El Goloso d’El Escorial.

Le film « La Ragazza Con la Leica » sort-il en salles ?

Le long métrage a été présenté en avant-première à la Mostra de Venise en septembre 2026. Sa sortie en salles n’est pas encore annoncée.