Le Projet Stratégique du Great Sea Interconnector
Le projet de câble électrique sous-marin, connu sous le nom de Great Sea Interconnector (GSI), reliant la Grèce et Chypre, a récemment franchi une étape significative. L'accord pour l'entrée du fonds d'investissement français Meridiam dans le capital de l'entreprise est perçu comme un catalyseur majeur pour la concrétisation de cette interconnexion électrique vitale. Cette alliance stratégique entre Athènes et Paris, consolidée suite à la visite du président Macron en Grèce en avril dernier, souligne l'importance géopolitique et économique de ce projet.
La prochaine phase cruciale pour le GSI concerne la réalisation d'études et de relevés bathymétriques. Ces investigations sous-marines sont indispensables pour identifier le tracé optimal du câble entre les deux nations. Pour mener à bien ces opérations, l'utilisation d'un navire de recherche spécialisé est impérative, ainsi que l'émission d'un avis NAVTEX, qui sera sollicité par Athènes auprès des services de la Marine hellénique.
Un Soutien Géopolitique et Financier Consolidé
Le câble Grèce-Chypre bénéficie d'un soutien géopolitique robuste et d'un appui financier substantiel de la part d'acteurs internationaux et européens. L'Union Européenne a manifesté son engagement en allouant une subvention de 657 millions d'euros, reconnaissant ainsi l'importance du projet pour la sécurité énergétique régionale. La Banque Européenne d'Investissement (BEI) a également accédé à une demande de financement pour le GSI, dont le budget total est estimé à près de 2 milliards d'euros.
L'intégration du groupe français Meridiam au capital de la coentreprise est un élément clé, compte tenu de ses liens étroits avec les instances gouvernementales françaises, notamment l'Élysée. De surcroît, le contrat de construction du câble de 898 kilomètres, reliant la Crète à Chypre, a été attribué à une autre entreprise française, Nexans, renforçant la dimension française dans ce projet d'envergure. Le Département d'État américain a également réaffirmé son soutien à la sécurité énergétique en Méditerranée orientale, soulignant l'intérêt international pour le GSI.
Les Obstacles Restants pour Nicosie
Malgré ce soutien international et financier, la progression du GSI est actuellement freinée par des enjeux significatifs du côté de Nicosie. Selon des sources proches du dossier, les autorités chypriotes doivent encore résoudre deux problématiques majeures. Premièrement, il est impératif pour la partie chypriote de récupérer 50 millions d'euros auprès des consommateurs, une somme liée aux coûts engagés pour l'interconnexion électrique au cours des deux dernières années. Deuxièmement, plusieurs régulations et aspects administratifs restent en suspens et nécessitent une clarification et une finalisation. Les parties prenantes du projet attendent donc avec attention que ces étapes soient franchies par Nicosie pour permettre la poursuite des travaux.
La Question Turque et le Contexte Diplomatique
Une interrogation majeure demeure quant à la réaction potentielle de la Turquie lorsque la coentreprise ADMIE – Nexans – GSI (qui a signé le contrat pour les études) sollicitera l'émission de la NAVTEX. Les souvenirs des réactions d'Ankara sont encore vifs à Athènes et à Nicosie ; il y a deux ans, des recherches sous-marines menées par un navire italien au large de Kassos avaient été entravées, laissant le projet de câble Grèce-Chypre en suspens.
Jusqu'à présent, des études ont été réalisées dans les eaux territoriales grecques (6 milles nautiques) et chypriotes (12 milles nautiques). Cependant, les travaux de recherche correspondants dans les eaux internationales, à l'est de Kassos et à l'ouest de Chypre, n'ont pas encore été achevés. Des consultations téléphoniques sont actuellement en cours entre le président de la République de Chypre, Nicos Christodoulides, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, et le président français, Emmanuel Macron. L'objectif de ces échanges est de relancer les études bathymétriques pour le tracé sous-marin entre la Crète et Chypre. Des sources indiquent que l'attribution des travaux à une entreprise française est envisagée, ce qui garantirait un soutien plein et entier de la France au projet.
Les Réactions d'Ankara et les Parcs Marins
Concernant les réactions d'Ankara, des sources diplomatiques soulignent une récente riposte turque, manifestée par la publication de décisions concernant la délimitation de deux parcs marins. Le premier est situé en mer Égée septentrionale, et le second en Méditerranée orientale. Ces décisions sont intervenues quelques jours seulement après la signature des contrats du 5 août au palais de Maximos, relatifs au câble Grèce-Chypre. Néanmoins, les mêmes sources affirment que le parc marin de la Méditerranée orientale n'affecte pas le tracé prévu du câble.
Perspectives et Calendrier
Dans l'ensemble, toutes les parties impliquées anticipent que les développements en cours, tels que la finalisation bureaucratique des contrats relatifs à l'entrée de Meridiam dans le GSI, l'exécution des études bathymétriques par ADMIE, Nexans et GSI, ainsi que la résolution des problématiques chypriotes, seront achevés d'ici septembre. Si aucun imprévu majeur ne survient, l'avis NAVTEX devrait alors être débloqué, ouvrant la voie aux prochaines étapes de ce projet stratégique pour la région.