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Économie

Surproduction acier mondiale : la coalition des 27 pays

Surproduction acier mondiale : la coalition des 27 pays

Face à une capacité de production excédentaire qui devrait atteindre 745 millions de tonnes d'ici 2028, une coalition de 27 pays lance le Cadre de Milwaukee. Cette initiative internationale vise à contrer les distorsions de marché et les subventions massives qui déstabilisent le secteur. En s'unissant, ces nations tentent de protéger l'équilibre économique mondial face à une offre devenue incontrôlable. Ce mouvement marque un tournant décisif pour la régulation de l'industrie sidérurgique globale. Le projet s'appuie sur des mécanismes de surveillance renforcés pour identifier les pratiques déloyales.

Pourquoi la capacité de production d'acier mondiale explose-t-elle ?

La capacité de production excédentaire d'acier devrait connaître une croissance fulgurante, passant de 601 millions de tonnes métriques en 2024 à 745 millions de tonnes d'ici 2028. Selon les rapports publiés par Eurometal et le Global Forum on Steel Excess Capacity (GFSEC), cette tendance s'inscrit dans un déséquilibre profond entre une offre massive et une demande stagnante.

Alors que la production s'emballe, la consommation mondiale de l'acier a chuté de 2,6 % en 2025 et devrait rester quasi stable en 2026. Le taux de croissance annuel moyen de la demande ne devrait atteindre que 0,9 % jusqu'en 2030, pour un volume de 1,89 milliard de tonnes métriques. Ce décalage structurel crée un goulot d'étranglement économique où les stocks excédentaires cherchent désespérément de nouveaux débouchés, souvent au prix de guerres commerciales.

Le rôle central de la Chine dans le déséquilibre

La Chine, qui produit plus de la moitié de l'acier mondial, est identifiée comme la source principale de ce surplus. En raison de la crise de son secteur immobilier, la demande chinoise a plongé de 6,9 % en 2025, avec une prévision de contraction supplémentaire de 0,6 % pour 2026. Pour compenser cette chute de la consommation domestique, les producteurs chinois ont massivement exporté, atteignant un record de 131,2 millions de tonnes en 2025, soit une hausse de 13,8 % alors que les exportations mondiales globales reculaient de 6,2 %.

Les chiffres illustrent une domination croissante : la part des exportations chinoises dans le total mondial est passée de 19 % en 2019 à 41 % en 2025. Parallèlement, les exportateurs de l'ASEAN ont également vu leurs volumes doubler sur la même période, atteignant 20,8 millions de tonnes en 2025. Si l'Inde et l'Asie du Sud-Est affichent des perspectives de croissance plus robustes — la demande indienne ayant augmenté de 9,8 % en 2025 — elles augmentent également massivement leur propre capacité, l'Inde prévoyant d'ajouter jusqu'à 31,8 millions de tonnes de capacité d'ici 2028.

Comment le Cadre de Milwaukee tente-t-il de réguler le marché ?

Le Cadre de Milwaukee, adopté par 27 pays membres de l'OCDE lors d'une réunion ministérielle au Wisconsin le 30 septembre 2026, propose une stratégie coordonnée pour limiter l'impact de la surproduction. Ce plan encourage les nations membres, réparties sur six continents, à réduire ou à supprimer les subventions qui alimentent artificiellement l'offre mondiale et à partager des données cruciales sur les chaînes d'approvisionnement.

L'accord prévoit également des « actions documentées » pour répondre aux conséquences de cet excédent, incluant potentiellement l'imposition de nouveaux droits de douane. Jameson Greer, représentant commercial des États-Unis, a souligné que cet accord incitera probablement les pays à lever les barrières commerciales pour tenir responsables les nations responsables de l'inondation du marché par de l'acier à bas prix. Il a également encouragé les partenaires à adopter des politiques similaires à celles des États-Unis, qui ont renforcé leur industrie grâce aux tarifs, aux accords commerciaux et à une politique énergétique favorable.

Des mesures de protection et d'antidumping renforcées

Le forum a conclu que les pays membres devaient intensifier les enquêtes antidumping, ciblant spécifiquement les subventions et les mesures de sauvegarde mondiales. L'objectif est de permettre l'application de nouveaux tarifs douaniers pour protéger les producteurs nationaux. Les membres sont également encouragés à appliquer des mesures commerciales strictes sur les importations d'acier et de produits dérivés provenant de régions en situation de surcapacité structurelle.

Ces mesures visent à contrer la stratégie de certains acteurs qui utilisent les subventions pour saturer les marchés étrangers. En renforçant les mécanismes de défense, le forum espère rétablir une concurrence plus équitable, bien que l'efficacité de ces mesures dépende de la volonté des pays de passer de la discussion à l'action concrète face aux flux d'importations massifs.

Quelles sont les distorsions causées par les subventions étatiques ?

Les subventions massives, particulièrement en Chine, créent une concurrence déloyale qui fragilise les acteurs économiques les plus performants mais moins soutenus. Selon un rapport de l'OCDE, une entreprise sidérurgique chinoise moyenne a reçu 15 fois plus de subventions par rapport à la taille de ses actifs que les producteurs d'autres régions en 2024.

Cette situation entraîne une perte de parts de marché pour les entreprises qui, malgré une meilleure performance économique réelle, ne peuvent rivaliser avec des prix artificiellement bas. L'OCDE note que cette distorsion ne se limite pas à la production brute, mais affecte l'ensemble de l'écosystème industriel mondial, poussant les économies vers un protectionnisme de défense. Les entreprises moins subventionnées se retrouvent ainsi dans l'incapacité de maintenir leur compétitivité face à des prix qui ne reflètent pas la réalité des coûts de production.

Quel est le danger des produits dérivés de l'acier pour l'Europe ?

Au-delà de l'acier brut, l'importation massive de produits dérivés — des articles finis ou semi-finis utilisant de l'acier — représente une menace majeure pour l'Union européenne. Eurometal, la fédération européenne de l'acier, alerte sur le fait que ces produits sont souvent conçus pour contourner les mécanismes de défense commerciale de l'UE et le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF).

Ces produits, qui incluent des pièces de machines, des composants automobiles, des équipements électriques ou des structures préfabriquées, sont classés sous d'autres codes douaniers pour éviter les taxes sur l'acier. Pourtant, ils sont extrêmement gourmands en acier et transportent une empreinte carbone élevée, souvent issue de régions où la production est fortement subventionnée et peu régulée. Contrairement aux produits en acier primaire, ces dérivés entrent sur le marché européen avec une traçabilité minimale et sans subir les mêmes contraintes de tarification du carbone.

Un risque majeur pour l'emploi et la transition verte

L'impact de cette « montée silencieuse » des produits dérivés dépasse les simples balances commerciales. Eurometal affirme que cette situation met en péril l'infrastructure économique de l'Europe, menaçant plus de 3 millions d'emplois directs dans les secteurs de l'acier, de la transformation, de la construction, de la mobilité et de l'énergie. En sapant la viabilité des producteurs européens, ces importations pourraient également compromettre les infrastructures nécessaires à la transition numérique et verte du continent.

La mobilisation d'Eurometal devant la Commission européenne à Bruxelles souligne l'urgence de la situation : si les industries locales ne peuvent plus concurrencer les produits dérivés subventionnés, la capacité de l'Europe à mener sa propre transition énergétique et technologique pourrait être durablement affaiblie.

FAQ: Questions fréquentes sur la crise de l'acier

Pourquoi la Chine exporte-t-elle autant d'acier ?

La Chine exporte massivement pour compenser la chute de sa demande intérieure, notamment due à la crise de son secteur immobilier. En 2025, ses exportations ont atteint 131,2 millions de tonnes, une augmentation de 13,8 %, alors que sa consommation locale s'effondrait.

Qu'est-ce que le Cadre de Milwaukee ?

Le Cadre de Milwaukee est un accord entre 27 pays visant à lutter contre la surproduction mondiale d'acier. Il encourage la réduction des subventions étatiques, le partage de données sur les chaînes d'approvisionnement et l'utilisation de mesures comme les droits de douane pour protéger les marchés nationaux.

Quels sont les produits dérivés de l'acier mentionnés ?

Les produits dérivés incluent des composants de machines, des pièces automobiles, des équipements électriques et des structures préfabriquées. Ces produits utilisent de l'acier mais sont souvent classés différemment en douane pour contourner les taxes et les réglementations environnementales.

Quel est l'impact sur l'emploi en Europe ?

L'importation de produits dérivés et la surproduction mondiale menacent plus de 3 millions d'emplois directs en Europe. Ces emplois se situent dans l'acier, la construction, la mobilité et l'énergie, mettant en péril le tissu industriel européen.

Comment les subventions affectent-elles la concurrence ?

Les subventions permettent à certains producteurs, notamment chinois, de vendre de l'acier à des prix inférieurs à leurs coûts réels. Cela prive les entreprises non subventionnées de parts de marché, même lorsqu'elles sont économiquement plus saines et plus efficaces.

Key takeaways

Conclusion

La crise de la surcapacité de production d'acier marque un tournant dans le commerce international. Le déséquilibre entre une offre dopée par les subventions étatiques et une demande mondiale atone crée une instabilité qui dépasse le simple secteur sidérurgique. L'alliance de 27 pays via le Cadre de Milwaukee témoigne d'une volonté de rééquilibrage par le droit et la protection douanière. Toutefois, le défi des produits dérivés, qui contournent les barrières existantes, reste une zone d'ombre critique. La capacité des économies, notamment européenne, à protéger ses industries et ses emplois déterminera la réussite de la transition industrielle et écologique.